Le château Grimaldi à Cagnes : une forteresse devenue musée
Au‑dessus des toits de tuiles de Haut-de-Cagnes se dresse une forteresse trapue à créneaux et mâchicoulis — le château Grimaldi. De l’extérieur, c’est une fortification militaire du début du XIVe siècle ; à l’intérieur, une résidence italienne avec une cour à arcades et un plafond baroque, et aujourd’hui aussi un musée municipal : une collection sur l’olivier, quarante portraits d’une chanteuse par des peintres de premier plan et une collection de vues de Cagnes. L’entrée coûte 4 euros, gratuite pour les visiteurs de moins de 26 ans.
La forteresse de l’amiral
Le château a été fondé vers 1300 par la volonté de Rainier Grimaldi — seigneur de Cagnes et amiral de France, ancêtre lointain de la dynastie régnante de Monaco. L’emplacement a été choisi comme toujours : au sommet d’une colline d’où l’on domine à la fois la côte et la vallée de la rivière Cagne. L’aspect initial était strictement défensif — murs aveugles, ouvertures étroites, couronnement crénelé, mâchicoulis en saillie, par lesquels on laissait tomber des pierres sur les assaillants. C’est précisément cet aspect extérieur que le château a conservé jusqu’à aujourd’hui, et depuis le pied de la colline il se lit toujours comme un ouvrage militaire, et non comme un palais.
Cagnes était alors une possession frontalière, et la forteresse sur la colline signifiait le contrôle de la route le long de la mer. La famille Grimaldi la garda près de cinq siècles — jusqu’à la Révolution.
Métamorphose italienne
Vers 1620, Henri Grimaldi entreprit de transformer la fortification en résidence habitable de goût italien. Rien ne changea à l’extérieur, mais à l’intérieur apparut un patio avec des arcades à deux niveaux, des salles de réception et des escaliers — ce jeu architectural où, sous une enveloppe sévère, se cache un bâtiment tout autre.
Ce qui reste surtout de cette transformation, c’est le plafond peint de la salle de réception. L’atelier génois Giulio Benso peignit au plafond «La Chute de Phaéton» : le fils d’Hélios ne maîtrisa pas le char solaire et s’effondra du ciel. Réalisé en technique de trompe-l’œil : l’architecture sur un plafond plat paraît volumétrique, les figures semblent tomber sur le spectateur. Il faut absolument lever la tête — c’est la pièce maîtresse du château.
Quarante portraits de Suzy Solidor
Le château resta en mains privées jusqu’en 1937, date de son rachat par la ville ; il devint musée en 1946. En 1973, le musée reçut un don qui le rendit célèbre au-delà de Cagnes. La chanteuse et propriétaire du cabaret parisien Suzy Solidor fit don à la ville de sa collection de portraits personnels — environ quarante œuvres, peintes par des artistes du XXe siècle. Parmi les auteurs figurent Tsuguharu Foujita, Tamara de Lempicka, Marie Laurencin, Francis Picabia — autrement dit une bonne part de la scène artistique parisienne de l’entre-deux-guerres.
L’effet de la salle est puissant : un même visage, une blonde aux cheveux courts, est montré par dizaines de façons — de l’art déco à la caricature. Solidor passa ses dernières années à Haut-de-Cagnes et y est enterrée, si bien que la collection se trouve exactement là où elle doit être.
L’olive et les vues de Cagnes
Le rez-de-chaussée abrite le Musée de l’Olive. Il ne s’agit pas de gastronomie, mais d’artisanat : presses et outils, lampes à huile, ustensiles en bois, objets du quotidien qui montrent comment la région vivait avant l’arrivée du tourisme. Les terrasses d’oliviers ont nourri ces collines pendant des siècles, et le musée explique comment ce travail était organisé.
Une collection à part — «Paysages de Cagnes» : la ville vue par les peintres de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe. Cagnes attirait autrefois les peintres tout autant que les voisines Antibes et Vence, et la collection s’enrichit d’année en année. Des expositions temporaires d’art contemporain ont lieu ici aussi — le château ne s’est pas transformé en antiquité figée.
Le Haut-de-Cagnes autour du château
Sortir du musée et repartir tout de suite serait une erreur. Le bourg autour du château a conservé son plan médiéval : rues pavées raides, passages voûtés, escaliers à la place des trottoirs, maisons intégrées aux anciennes murailles. On y trouve de petits restaurants et des galeries, et depuis les belvédères la côte s’étend d’Antibes à Nice.
Monter à pied depuis la ville basse prend environ vingt minutes en montée ; il existe aussi une navette municipale gratuite qui mène au bourg. En été, il est préférable de choisir la seconde option et de garder ses forces pour la promenade en haut.
Pratique : horaires et billets
Le château-musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, le 1er janvier et le 25 décembre. En été, en juillet et en août, il est ouvert de 10:00 à 13:00 et de 14:00 à 18:00 ; les autres mois, de 10:00 à 12:00 et de 14:00 à 18:00, et en hiver, d’octobre à mars, l’après-midi se termine à 17:00. Mieux vaut vérifier les horaires précis de la semaine souhaitée sur le site des musées de Cagnes.
Le billet plein est à 4 euros. Entrée gratuite pour les visiteurs de moins de 26 ans et pour les habitants de Cagnes ; le premier dimanche du mois est gratuit pour tous. La visite guidée coûte 3 euros de plus, et un billet combiné à 8 euros inclut le musée Renoir — la demeure où le peintre vécut ses dernières années, à une demi-heure à pied d’ici.
Si les fortifications vous intéressent plus que les musées, comparez ce château avec le fort Carré d’Antibes — contemporain de la même époque, mais de destin tout autre. Et sur la façon dont la Riviera du début du XXe siècle attirait le public artistique, nous avons écrit dans le dossier sur l’héritage de Fitzgerald. Pour ceux qui vont à Cagnes en famille, l’article sur la plage à très haut niveau d’accessibilité à Cros-de-Cagnes sera utile.
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Photo : Miniwark / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)