La Victorine à Nice : cent ans de cinéma et un chantier

Portail blanc marqué Studios de la Victorine entre les palmiers

À l’ouest de Nice, à l’écart de la mer, se dressent des portes blanches avec l’inscription Studios de la Victorine. C’est d’ici que le cinéma français a pris le large pendant plus d’un siècle : on y a tourné «Les Enfants du Paradis» et «La Nuit américaine», et désormais le site est préparé pour une reconstruction à 37 millions d’euros, les premiers travaux débutant en 2026.

Sept hectares pour le cinéma, 1919

La studio a été fondée en 1919 par les producteurs Louis Nalpas et Serge Sandberg : ils ont racheté le domaine qui appartenait autrefois à la famille Victor Masséna et ont dédié le terrain aux tournages. Sept hectares proches des montagnes et de la mer étaient presque idéaux pour le cinéma de l’époque — tous types de décors naturels à une heure de route, et en hiver une lumière qu’on ne trouve pas à Paris.

Rex Ingram et les années folles

De 1924 à 1930, le studio a été dirigé par le réalisateur Rex Ingram, et sous sa direction la Victorine était considérée comme le centre cinématographique le plus remarquable d’Europe. Il a fait construire des pavillons et installé un générateur de cinq mille ampères — une alimentation électrique propre pour l’éclairage de tournage, un luxe à l’époque. C’est là qu’Ingram a tourné «Mare Nostrum» (1926), et en 1928 le jeune Alfred Hitchcock a travaillé sur le plateau — son «Easy Virtue» a été tourné entre autres à la Victorine.

D’«Les Enfants du Paradis» à «La Nuit américaine»

Les années de guerre ont donné au studio ses principaux films. Marcel Carné y a tourné «Les Visiteurs du soir» (1942) et «Les Enfants du Paradis» — le tournage a eu lieu en 1943, le film est sorti en 1945. La même année 1943, Jean Delannoy travaillait à la Victorine sur «Le Retour éternel».

Suivent «La Main au collet» d’Hitchcock (1955), «Et Dieu… créa la femme» (1956), «Mon Oncle» de Jacques Tati (1958), «Le Clan des Siciliens» (1969). Et en 1973 François Truffaut a sorti «La Nuit américaine» — un film sur une équipe de tournage qui tourne un film à la Victorine. Le studio y jouait son propre rôle, et le film a reçu l’Oscar du meilleur film étranger.

Ensuite a commencé une longue série de hauts et de bas : en 1982–1983 le studio est même resté fermé. À la fin des années 1990, le site a été repris par Euro Média qui, pour des raisons de droits sur le nom, l’a rebaptisé Studios Riviera.

Onze pavillons et cent projets par an

Aujourd’hui le site compte onze pavillons — de 275 à 1175 m², d’une hauteur de 5,5 à 12 mètres. En 2017 la ville de Nice a repris la gestion, et avec elle le nom historique. Depuis le 1er septembre 2024 la société Color, spécialisée dans les effets spéciaux et la postproduction, a obtenu en concession le studio pour 35 ans, conjointement avec la chambre de commerce et d’industrie Nice Côte d’Azur. Le site n’est pas inactif : en 2023 environ cent projets et 160 jours de tournage y ont eu lieu, écrit Invest in Côte d’Azur.

Travaux à 37 millions

Le projet de reconstruction est estimé à 37 millions d’euros. Sur les sept hectares doivent voir le jour un campus regroupant les écoles ISART, e-art Sup’ et ESRA, des ateliers de fabrication de décors et un fablab, des bureaux pour des entreprises du secteur — on compte environ soixante résidents. La Villa Rex reste un repère du site, la restructuration est conçue par l’agence Février Carré. Les travaux débuteront en 2026 et s’étaleront sur plusieurs années, tout en permettant de continuer à tourner au studio. «Nous voulons que l’esprit du village soit préservé», — dit le fondateur de Color David Danesi dans une interview Nice Presse ; la nouvelle Victorine compte se distinguer par un fablab et une production de décors sur place, sans attendre des prestataires.

Où aller pour le public

La Victorine est un lieu de travail, il n’y a pas de visites pour le public. En revanche, du 2 octobre au 18 décembre 2026, les archives départementales (147 bd du Mercantour, Nice) présentent une exposition gratuite «Les Alpes-Maritimes, terre de tournages» : photographies de Paul Louis, Mario Marquet et Vincent Gargano, tournages en extérieur versus travail en plateau, sujet particulier — la Victorine elle-même. Les archives accueillent du lundi au vendredi de 9h00 à 17h00.

Le cinéma se tourne toujours en ville : le tournage du préquel d’«Ocean’s» a lieu à Nice cet automne. Sur la façon dont le studio cannois Riviera Film est parvenu à la Mostra de Venise, nous avons écrit séparément, et sur les débuts de la renommée de la Riviera auprès des cinéastes et des écrivains, — dans un article sur l’héritage de Fitzgerald. L’histoire même du studio est exposée en détail dans l’archive franceinfo.

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Photo : Jpchevreau / Wikimedia Commons